C'est le moyen pour moi d'échanger sur la Chine, de faire partager mes voyages en Chine, des lectures sur la Chine, des analyses, des impressions, d'aller au-delà des peurs qu'inspire ce grand pays si entreprenant en essayant de comprendre ses propres craintes, ses propres défis mais aussi de pointer les questions qu'il soulève. Nous aurons peut-être ainsi l’occasion de faire un bout de chemin ensemble.
Comment je me suis retrouvée à Nanning au lieu d'arriver à la frontière sino-vietnamienne...
Le mandarin est surtout et avant tout une langue écrite et qui dit écrite dit écrite en idéogrammes, ces fameux caractères à la fois si beaux et si compliqués (certains peuvent comporter jusqu'à quatorze traits). Ils sont pourtant essentiels notamment parce que le chinois contient d'innombrables homophones. C'est-à-dire des mots qui se prononcent de la même façon mais qui revêtent des significations complètement distinctes. Seul le contexte permet de les distinguer à l'oral. Un exemple: Le son "shi" peut s'écrire d'une quarantaine de façons et donc avoir autant de sens.
Ma mésaventure commence à la gare de Canton où j'achète trois billets de train pour Berhai, Nanning et Pingxiang. Je parviens à mes deux premières destinations sans aucune difficulté. Arrive le jour de mon départ à Pingxiang, dernière localité avant la frontière sino-vietnamienne au fin fond de la province du Guangxi au sud de la Chine. Je présente mon billet au contrôleur et m'installe confortablement dans le train et m'occupe à regarder le paysage, à lire et à apprendre de nouveaux mots de chinois. Le temps passe.
Mais je commence à trouver le temps long, me renseigne à chaque arrêt du train. On me répond que non, ce n'est pas la gare de Pingxiang, qu'elle est plus loin. La cheffe de bord passe. Je l'interpelle, lui montre mon billet et lui demande à quelle heure nous arriverons à Pingxiang. Elle me répond : "Si dian !" c'est-à-dire : à 4 h du matin. Il est 19h. Je n'y comprends plus rien. Nous aurions dû arriver déjà depuis une bonne heure. Le train aurait-il exceptionnellement emprunté un itinéraire plus long que prévu ? Mais comment me lancer dans de telles demandes d'explications avec mon chinois rudimentaire ?
Je reprends un peu mes lectures quand soudain nous arrivons à la gare de Guilin. Stupeur ! Je connais cette ville pour m'y être rendue en 2014 et 2018. Je suis donc arrivée complètement à l'est du Guanxi au lieu d'être parvenue au sud de la province, à la frontière avec le Vietnam. Et c'est alors que j'ai un flash. Je me souviens d'une page de mon guide Lonely Planet où est indiqué en chinois le nom de la localité de Pingxiang où je veux me rendre. Il est écrit avec des idéogrammes complètement différents de ceux qui figurent sur mon billet de train.
Je ramasse mes affaires précipitamment et descends du train. La cheffe de bord me rejoint. Le train est arrêté. Il repartira vingt minutes plus tard après qu'il est décidé que le chef de gare de Guilin me prend en charge et me remette gratuitement dans le prochain train en partance pour Nanning. Retour à la case dépar ! Le Col de l'amitié, point de passage de la frontière sino-vietnamienne attendra. Le lendemain matin on m'offrira également le billet Nanning-Pingxiang, celui que je croyais avoir acheté trois jours plus tôt.
Morale de l'histoire : en Chine, pour les destinations peu connues, il est IMPÉRATIF de montrer à l'agent le nom écrit en chinois de votre destination lorsque vous achetez votre billet au guichetier. Je le savais mais avais omis de le faire. Au moment où j'écris ces lignes, je suis sur le point d'arriver au bon Pingxiang.