Extraits de Chine

C'est le moyen pour moi d'échanger sur la Chine, de faire partager mes voyages en Chine, des lectures sur la Chine, des analyses, des impressions, d'aller au-delà des peurs qu'inspire ce grand pays si entreprenant en essayant de comprendre ses propres craintes, ses propres défis mais aussi de pointer les questions qu'il soulève. Nous aurons peut-être ainsi l’occasion de faire un bout de chemin ensemble.

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Le Yunnan au temps du consul Auguste François

par dans Extraits de Chine
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Quand le premier représentant du gouvernement français au Yunnan raconte par le menu dans un langage tout sauf diplomatique ses relations au jour le jour avec les mandarins locaux...

Après avoir combattu au Tonkin les derniers "Pavillons noirs", Auguste Francois est nommé en 1900 consul à Yunnan-fu, l'actuelle Kunming, capitale de la province chinoise du Yunnan. Sa mission consiste à aider à l'avancement du projet de construction du chemin de fer depuis la capitale provinciale jusqu'au Tonkin. Il devra commencer par repousser l'assaut des Boxers qui, alors en Chine, s'en prennent aux "diables de l'Ouest" (les Occidentaux) accusés de dépeçage de l'Empire du milieu. Pendant son séjour, il rédige une abondante correspondance qui fut oubliée pendant cinquante ans puis redécouverte et publiée chez Calmann-Levy en 1990 par son petit neveu Pierre Seydoux sous le titre "Le mandarin blanc, souvenirs d'un consul en Extrême-Orient (1886-1904)". Dans cette correspondance, le lecteur retrouvera non seulement l'ambiance de l'époque mais aussi un tableau vivant et drôle des relations d´Auguste François avec les mandarins du Yunnan. Extraits...

Extraits (p.268-269)

19 juin 1900

Notre existence n'a pas changé. Mes compagnons commencent à marquer quelque impatience, ils ne s'expliquent pas ces délais en effet inexplicables pour d'autres que Beauvais et moi, qui conversons seuls avec les mandarins. Je ne puis pourtant leur dire que l'on négocie les têtes de certains d'entre nous. Car c'est là le fond du débat engagé, en termes d'ailleurs charmants. On me dit fort clairement qu'en abandonnant , par exemple, les missionnaires, je réduirais bien des difficultés. Les nouvelles du Nord commencent à transpirer elles viennent par Meng-tseu et le Sien-cheng. De tous côtés, des massacres d'Europeens sont annoncés et les patriotes yunnanais s'invitent à entrer dans le mouvement général et à ne pas se montrer inférieurs à ceux des autres provinces. [...]

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20 juin 1900

Je reçois le fan-tai dans le même appareil militaire que le vice-roi. Li est très embarrassé; il laisse paraître un trouble profond; ses mains tremblent visiblement et il hésite à chaque mot en débitant toute la série des platitudes que les autres nous ont déjà desservies. Je le vois revenir sur la nécessité de garder au moins les missionnaires, mais je coupe court à ce scandaleux marchandage et je prie Beauvais de lui traduire, en termes aussi raides que possible, que je suis décidé à emmener tout mon monde sans la moindre exception et qu'à présent je ne souffre plus de délai. Nous partirons tous ensemble ou nous nous ferons tuer tous ensemble. Je lui donne quarante-huit heures pour nos préparatifs et, lui relisant la dépêche du ministre, je lui notifie que si dans ce délai on n'est pas informé de notre sort à Paris, nos troupes passeront la frontière. Si vous aviez besoin de quelques exemples des habiles moyens dilatoires de cette fameuse diplomatie chinoise, je pourrais vous en fournir quelques beaux spécimens cueillis dans ces entretiens. Ainsi, tandis que l´on me proposait en somme de livrer une partie de mes nationaux et que je répondais avec indignation, je me voyais sans transition demander si, en France comme en Chine, les diverses provinces usaient de dialectes différents ! A un autre moment, alors que je venais de poser nettement un ultimatum: "Ou notre retraite serait favorisée, ou bien j'aurais recours aux armes" on me disait sur le ton du plus profond intérêt : "Voilà bien longtemps qu'il ne pleut pas, ce temps est bien défavorable à l'agriculture; aussi nous faisons des sacrifices, mais vous qui avez des procédés extraordinaires en toutes choses, ne connaîtriez-vois pas un moyen de faire tomber la pluie ?". Comprenez-vous que l´on puisse devenir enragé, au moins sinophobe ?

b2ap3_thumbnail_image_20160319-200048_1.jpegb2ap3_thumbnail_image_20160319-200155_1.jpeg Yunnan-fu en 1900 b2ap3_thumbnail_image_20160319-201728_1.jpeg

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Mots clés: Diplomatie Histoire Yunnan
Venue en Chine en 2012 rendre une trop courte visite à mon fils, j’ai mesuré à quel point ma vision de ce pays était biaisée par des partis pris, des représentations d’un autre âge...
Depuis, je m’informe sur ce vaste et grand pays avec lequel nous avons à composer pour construire le monde de demain dans le respect de nos différences et de nos intérêts.


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Invité mercredi, 21 novembre 2018

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