Extraits de Chine

C'est le moyen pour moi d'échanger sur la Chine, de faire partager mes voyages en Chine, des lectures sur la Chine, des analyses, des impressions, d'aller au-delà des peurs qu'inspire ce grand pays si entreprenant en essayant de comprendre ses propres craintes, ses propres défis mais aussi de pointer les questions qu'il soulève. Nous aurons peut-être ainsi l’occasion de faire un bout de chemin ensemble.

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Le Tianxia, modèle de gouvernance mondiale ?

par dans Extraits de Chine
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Le concept de "tangxia", porté par des intellectuels confucianistes contemporains comme Zhao Tingyang (notre photo), est-il porteur d'une gouvernance mondiale « sans exclus », permettant de dépasser les égoïsmes nationaux qui mettent en péril notre planète ou est-il lui-même un levier du nationalisme chinois ? Pour se faire une opinion sur le sujet, voici trois extraits qui éclaireront la lanterne de chacun.

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1) Extrait de : Du Ciel à la Terre – La Chine et l’Occident, Régis Debray, Zhao Tingyang, éd. Les Arènes, Paris, 2014.       

« La première révolution politique chinoise est celle de la dynastie Zhou il y a trois mille ans. Elle a établi un système universel, celui du Tianxia (qui signifie « tout ce qui est sous le Ciel »), dont la nature politique fondamentale est d’être un système mondial bâti sur un réseau ouvert au monde. Bien qu’il ne recouvrît qu’une partie de la Chine actuelle, ce système politique pouvait, sur le plan théorique, englober toutes les cultures et toutes les nations dans une même famille mondiale. Sur le plan pratique, il était formé d’un pays noyau et de centaines de pays membres ou duchés (zhuhou). Chaque pays était doté d’un pouvoir comparable ; chacun bénéficiait d’une grande autonomie ; le pays noyau était responsable de la régulation des relations politiques de l’ensemble du système et des intérêts communs. Selon la loi, les détenteurs du pouvoir dans chacun des pays appartenaient à une noblesse héréditaire, et les peuples des différents pays pouvaient circuler librement, et prétendre même à des fonctions importantes dans d’autres pays. On pouvait aussi inviter à prix d’or des sages d’un autre pays pour qu’ils deviennent Premier ministre ou général.Ce système, très efficace pour la répartition des pouvoirs et le respect mutuel, faisait appel à de multiples équilibres. Il réussit ainsi à assurer trois cents ans de paix. Par la suite, le système s’est effrité, en raison du relâchement de sa gestion et de la régression des relations d’interdépendance, entrainant éloignement et scissions des pays. Je crois que le système Tianxia constitue aujourd’hui une référence qui, moyennant des améliorations conséquentes, pourrait devenir la clé de voûte d’un système global pour le monde et pour une paix éternelle et universelle. Je travaille à une théorie philosophique dont le Tianxia est le cœur : il constitue un modèle source de paix durable qui élargit le domaine des bénéfices de la paix kantienne. Celle-ci  ne peut inclure des formes multiples et différentes de systèmes politiques et culturels. Elle ne peut donc pas résoudre le choc des civilisations cher à Huntington ni les conflits autour des ressources naturelles fondamentales. Le système Tiangxia, quant à lui, peut accepter des modèles internationaux divers. Il pourrait donc être plus efficace pour préserver la paix mondiale. La crise européenne montre aujourd’hui que le schéma kantien ne permet même pas de surmonter les contradictions internes d’un système politique tel que l’Union européenne. »

2) Extrait de : Demain qui gouvernera le monde ?, Jacques Attali, éd. Librairie Arthème Fayard, coll. Pluriel, 2011

« En 2003, dans une analyse très subtile Zhao Tingyang, chercheur à l’Académie chinoise des sciences sociales à Pékin, explique (dans Le Monde sans vision du monde et dans Le Tout-ce-qui-est-sous-le-Ciel ou Tianxia en tant qu’institution du monde) qu’un Occidental ne peut imaginer le gouvernement du monde que sous la forme d’une Organisation des Nations unies parce que, du fait de l’histoire européenne, il ne peut penser qu’en termes d’Etats-nations. L’Occident ne peut pas penser le monde comme Un mais seulement par des relations entre les nations, de plus en plus rivales ; il n’en émergera jamais un véritable gouvernement mondial. Selon lui il faut donc penser directement « monde » : « Le monde dans lequel nous sommes correspond bien plus à une unité géographique qu’à une unité politique […], car il n’existe aucune société mondiale réelle, cohérente qui correspondrait à une institution mondiale reconnue de tous ». Il faut remplacer l’ « internationalité » des Occidentaux par une « mondialité » (worldness). La cohérence de ce système serait maintenue par « l’harmonie intérieure de la diversité » qui s’obtiendra par une « amélioration confucéenne » de chacun, créant une situation dans laquelle l’intérêt général est mieux satisfait par la coopération entre les acteurs que par leur compétition. Cela renvoie, pour lui, au concept fondateur de l’empire chinois, le Tianxia (qu’on peut traduire par « tout-ce-qui-est-sous-le-Ciel » ou « harmonie de tous les peuples » ou « système politique mondial ») : Tianxia est à la fois le monde physique (la Terre), le monde psychologique (le sentiment général des peuples) et le monde institutionnel (l’institution mondiale). Tout ce qui vit sous le ciel doit, pour lui, participer de ce Tianxia, gouvernement harmonieux du monde. Le Tianxia, empire du monde à la chinoise, ne reproduira pas, dit-il, les erreurs de l’Empire romain, qui domina par la conquête militaire ; ni celles de l’universalisme chrétien, qui domina par la religion, ni celles de la paix perpétuelle selon Kant, qui domina par l’imposition d’une culture universelle impérialiste. Comme le faisait jadis l’empereur chinois, demain, le Tianxia mettra le monde en ordre au lieu de le dominer. Dans le même sens, et plus clairement impérialiste, l’économiste chinois Sheng Hong (directeur de l’institut économique indépendant Tianzé de Pékin et professeur à l’université du Shandong, bastion du confucianisme) parle du tianxiaïsme comme de la doctrine qui devrait permettre à la Chine de dépasser la civilisation occidentale et d’ouvrir la voie à la paix universelle. D’après Sheng, contrairement au nationalisme occidental, qui fonde l’unité du groupe sur des critères ethniques ou culturels, le tianxiaïsme propose « un cadre identitaire commun pour l’humanité entière ».

             3) Extrait de : Tianxia, retour en force d’un concept oublié - Portrait des nouveaux penseurs confucianistes, par Ji Zhe (Docteur en sociologie de l’EHESS, Ji Zhe est actuellement chercheur post-doctorant du CNRS, affecté au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL). Il est par ailleurs chercheur associé à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Fudan et à l’Académie des cultures européennes de l’Université de Tongji en Chine). Source : La vie des idées.fr, 3 décembre 2008.

         "Les promoteurs du confucianisme politique y voient la promesse d’une gouvernance mondiale « sans exclus », le dépassement des égoïsmes nationaux qui mettent en péril notre planète. Mais vu de près, le concept de Tianxia est lui-même un puissant levier du nationalisme chinois. Si le renouveau actuel du confucianisme en Chine relève d’une instrumentalisation politique de la culture, c’est aussi, et même surtout, une façon pour les intellectuels chinois de s’engager dans la politique. En reprenant pour leur compte des concepts confucéens censés révéler « la tradition chinoise », certains chercheurs contribuent à établir, sur la scène politique chinoise contemporaine, une position à la fois conservatrice et « avant-gardiste ». Ils sont conservateurs non seulement parce qu’ils préconisent le retour à un idéal politique que les temps modernes auraient perdu de vue, mais aussi parce qu’ils cherchent à prouver une continuité entre la tradition et le temps présent, sans jamais remettre en question le caractère autoritaire du régime chinois actuel. « Avant-gardistes », ils n’hésitent pas à critiquer la démocratie et les droits de l’homme, ces instruments de propagande dont les « Occidentaux » se servent pour asseoir leur domination sur le monde, et auxquels ils entendent opposer une idéologie « proprement chinoise ». De cette manière, la pensée néo-confucianiste rejoint, au moins en apparence, la critique postmoderne de l’« illusion du progrès » et de l’universalité de la démocratie comme des idées eurocentriques. Elle joue sur la tension entre la volonté de réforme politique et la défense obstinée du rôle du « Parti-État », entre le désir d’insérer la Chine dans le monde et les tentatives de renforcer l’identité chinoise face à la mondialisation. »

Pour en savoir plus :

- Sheng Hong, Wei wanshi kai taiping (Ouvrir le chemin de paix pour dix mille générations), Pékin: Beijing daxue chubanshe (Maison d’édition de l’Université de Pékin), 1999.

- Zhao Tingyang, Tianxia tixi : shijie zhidu zhexue daolun (Système Tianxia : introduction de la philosophie de l’institution mondiale), Nankin : Jiangsu jiaoyu chubanche (Maisond’édition de l’éducation de Jiangsu), 2005.

- Chen Yun, Tianxia huo tiandi zhijian : zhongguo sixiang de gudian shiyu (Tianxia ou entre le Ciel et la Terre : l’horizon classique de la pensée chinoise), Shanghai : Shanghai sanlianshudian, 2007.

 

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Mots clés: Politique
Venue en Chine en 2012 rendre une trop courte visite à mon fils, j’ai mesuré à quel point ma vision de ce pays était biaisée par des partis pris, des représentations d’un autre âge...
Depuis, je m’informe sur ce vaste et grand pays avec lequel nous avons à composer pour construire le monde de demain dans le respect de nos différences et de nos intérêts.


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Invité dimanche, 25 février 2018

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