Extraits de Chine

C'est le moyen pour moi d'échanger sur la Chine, de faire partager mes voyages en Chine, des lectures sur la Chine, des analyses, des impressions, d'aller au-delà des peurs qu'inspire ce grand pays si entreprenant en essayant de comprendre ses propres craintes, ses propres défis mais aussi de pointer les questions qu'il soulève. Nous aurons peut-être ainsi l’occasion de faire un bout de chemin ensemble.

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Le massacre de Nankin inscrit dans le Registre de la mémoire du monde de l'Unesco

par dans Extraits de Chine
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Mémorial du Massacre de Nankin

La tendance humaine à se soumettre à l’autorité, comme l’a démontré en 1962 par une série d’expérimentations le chercheur américain en sciences sociales Stanley Milgram avec sa célèbre et pas moins terrible « expérience de Milgram » est-elle à l’origine du « massacre de Nankin » (en chinois Nanjing datusha) commis par l’armée impériale japonaise en décembre 1937 lors de l’occupation de la ville, alors capitale de la République de Chine ? Le très intéressant film de Michael Almereyda, qui vient de sortir en France, consacré à la vie du chercheur, pourrait en fournir effectivement une explication puisque dès l’occupation de Nankin par les forces japonaises, l’ordre fut donné de « ne faire aucun prisonnier de guerre » et donc de « les tuer tous ». Les chiffres sur le nombre de victimes ne font pas l’unanimité. Ils vont de 38 000 à 400 000 selon les sources. La Chine a retenu le chiffre de 300 000 morts sans compter le nombre inégalé de femmes et de jeunes filles violées (les estimations vont de 20 000 à 80 000 femmes violées).

 Dans une reconnaissance pour le moins tardive, l’UNESCO a inscrit en octobre 2015 ce massacre et les documents qui l’attestent sur le « Registre de la mémoire du monde », en raison du nombre de preuves jugé suffisant par l’organisation. En réaction, le Japon, qui n’a jamais présenté d’excuses officielles pour ce massacre et qui cherche constamment à en diminuer la gravité, a menacé le 10 octobre dernier de suspendre ses contributions financières à l’UNESCO, estimant que l’organisation de l’ONU avait pris une décision politique en contradiction avec la neutralité qui devrait motiver ses choix. Le nombre très important de victimes, connu et médiatisé dès la prise de la ville, n’a pourtant pas suffi à pérenniser la mémoire de cette tragédie largement tombée dans l’oubli depuis les années cinquante. Tout du moins ailleurs qu’en Chine. À Nanjing, aujourd’hui capitale du Jiangsu, le mémorial du massacre (nos photos) attire en revanche un nombre impressionnant de visiteurs, pour l’essentiel chinois, qui laissent d’innombrables billets, prières, messages traduisant le choc émotionnel que procure la visite du mausolée construit au-dessus d’une des plus grandes fosses communes de l’époque, encore visible depuis l’intérieur de l’édifice.

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Messages laissés par les visiteurs du Mémorial de Nankin

Le livre de référence sur le massacre de Nankin est relativement récent. The Rape of Nanking, The Forgotten Holocaust of World War II d’Iris Chang, publié en 1997 aux Etats-Unis, est paru en français en 2007 (éditions Payot & Rivages) sous le titre Le viol de Nankin 1937 : un des plus grands massacres du XXe siècle. Son intérêt est manifeste car l’auteur, journaliste au New York Times puis à Associated Press et l’une des descendantes des innombrables victimes, a fait un travail de recherche colossal, rencontrant et filmant de très nombreux témoins directs et accédant à des documents de premier plan non connus à l’époque du procès organisé par les Nations Unies en Chine ou du procès dit de Tokyo, tenu en 1946 par le Tribunal militaire pour l’Extrême-orient (TMEO) qui se soldèrent par la condamnation d’une poignée de responsables. Elle eut accès en effet à des documents émanant d’Occidentaux présents à Nankin à l’époque et dont certains étaient impliqués dans la Zone de sécurité internationale destinée à protéger les civils. En particulier aux carnets de John Rabe, un nazi devenu président de ladite Zone de sécurité de Nankin et qui, revenu en Allemagne, avait promis d’informer Hitler des agissements de l’armée japonaise à Nankin. Le livre ne se contente pas de documenter le massacre lui-même. Il décrit la situation qui a suivi, en particulier le silence du gouvernement chinois et de l’administration américaine, utilisé par Tokyo pour minimiser les événements de Nankin. On a vu plus haut que le gouvernement japonais maintient jusqu’à ce jour sa position minimaliste sur ce massacre.

Extraits de:  Le viol de Nankin, d’Iris Chang, Petite Bibliothèque Payot

p. 133

A quelques variantes près, voici comment se passaient les choses : les Japonais faisaient prisonniers tous les hommes qui se trouvaient sur leur chemin. Ils leur promettaient de la nourriture et du travail mais les laissaient sans manger ni boire. Après plusieurs jours de ce traitement, les victimes étaient solidement aatachées par les poignets et dirigées vers une zone isolée. Trop fatigués et déshydratés pour se rebeller, les hommes se mettaient en chemin avec espoir, persuadés qu’on allait les nourrir. Quand ils apercevaient les mitrailleuses, les soldats qui les attendaient en brandissant sabres et baïonnettes ensanglantés, les fosses débordant des cadavres puants des hommes qui les avaient précédés, il était trop tard pour s’enfuir.

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Photos prises à l'intérieur du Mémorial de Nankin par moi-même.

Existe-t-il aujourd’hui un seul enfant aux Etats-Unis ou ailleurs qui n’ait jamais vu les images épouvantables des chambres à gaz d’Auschwitz ou lu au moins quelques fragments du journal d’Anne Frank ? Tous ont également entendu parler à l’école des effets dévastateurs des bombes atomiques lâchées sur les villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki. Mais interrogez la plupart des Américains – enfants comme adultes, y compris les plus diplômés – sur les massacres de Nankin et vous constaterez leur méconnaissance de ce qui s’est déroulé il y a soixante ans. […] je fus terrorisée à l’idée que les 300 000 Chinois assassinés à Nankin soient engloutis dans les oubliettes de l’histoire tout comme leur corps avaient disparu sous l’occupation japonaise ; et que le monde en vienne un jour à croire les politiciens japonais, selon qui les massacres n’étaient qu’un canular et une invention. En écrivant ce livre, je me suis efforcée non seulement de retracer des faits mais aussi de me plonger dans l’historiographie afin d’examiner les forces qui font l’histoire et le processus de fabrication historique. Pourquoi certains faits accèdent-ils à la postérité alors que d’autres tombent dans l’oubli ?

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Mots clés: Histoire Jiangsu
Venue en Chine en 2012 rendre une trop courte visite à mon fils, j’ai mesuré à quel point ma vision de ce pays était biaisée par des partis pris, des représentations d’un autre âge...
Depuis, je m’informe sur ce vaste et grand pays avec lequel nous avons à composer pour construire le monde de demain dans le respect de nos différences et de nos intérêts.


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Invité dimanche, 25 février 2018

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