Extraits de Chine

C'est le moyen pour moi d'échanger sur la Chine, de faire partager mes voyages en Chine, des lectures sur la Chine, des analyses, des impressions, d'aller au-delà des peurs qu'inspire ce grand pays si entreprenant en essayant de comprendre ses propres craintes, ses propres défis mais aussi de pointer les questions qu'il soulève. Nous aurons peut-être ainsi l’occasion de faire un bout de chemin ensemble.

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Un train pour le Yunnan

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Un train pour le Yunnan

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C’est une belle exposition de photos, Un train pour le Yunnan,  que présente de février à avril 2015 le musée Guimet autour de la construction, dans les années 1900, de la vertigineuse ligne de chemin de fer longue de 470 km, reliant Lao-Cai en Indochine à Yunnan-fu (depuis devenue Kunming), capitale de la province chinoise du Yunnan. L’exposition présente des photographies de Georges-Auguste Marbotte (1861-1936) léguées au musée en 2014, agréablement complétées par celles d’Auguste François, ancien consul de France au Yunnan de 1900 à 1904. Les photos reprises dans ce billet sont de Marbotte et les figures sont extraites de "Le chemin de fer du Yunnan Vol. 1et II, Paris, Imprimerie G. Goury).

Le tronçon fut inauguré en 1910. Les différents éléments de structure des ouvrages d’art étaient fabriqués en France par Eiffel. Une fois arrivés sur place, ils étaient acheminés sur site à dos d’animaux ou d’hommes sur des chemins escarpés à flanc de montagne. La dureté des conditions de travail, du climat, les maladies, les fauves, la répétition des troubles sociaux ont entraîné d'énormes pertes humaines. Sur les 67 000 employés qui participèrent au terrassement et à l'édification des 3422 ouvrages d'art que compte la ligne, 12 000 auraient trouvé la mort. 80 ingénieurs périrent également durant ce gigantesque chantier.Installée en Indochine, la France, alors puissance coloniale, avait des vues sur la province chinoise voisine du Yunnan que cette ligne de chemin de fer permettait de désenclaver mais ses ambitions ne se concrétisèrent pas. En 1940, les Chinois démontèrent la ligne durant l'invasion japonaise et après la Seconde guerre mondiale, le contrôle du tronçon du Yunnan fut abandonné aux Chinois contre le départ de leurs troupes de Long Yun en Indochine. En 1949, les communistes prennent le contrôle du Yunnan et le chemin de fer sert à alimenter les éléments du Viet Minh. En mars 2013, à l'occasion d'un Forum à Kunming réuni pour préparer la demande de classement du chemin de fer du Yunnan au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'ambassadeur de France en Chine, Mme Sylvie Bermann, a déclaré avoir constaté par elle-même "l'attachement certain de la population locale à cette ligne de chemin de fer qui sert encore aujourd'hui au trafic des marchandises mais aussi de lien et de moyen de communication entre villages parfois isolés et perchés sur les hauteurs de ce tracé audacieux.

Le Musée du train de Kunming (adresse : 913 Beijing Road, fermé le ludi et le mardi) est installé dans l'ancienne gare, de style français. Il retrace l'histoire de la première ligne de chemin de fer construite par la France et présente de très intéressants documents et éléments de cette époque. 

Lucien Bodard (1914-1998), journaliste et écrivain, emprunta ce train au début des années 1920 lorsqu’il était enfant, en compagnie de son père, Albert Bodard, alors consul de France au Yunnan.  Il livra ses impressions dans un de ses ouvrages, Le fils du consul (lire ci-dessous).

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Extrait de Lucien Bodard, Le fils du consul, éd. Grasset, 1975, p. 132-135.

" Ce voyage, quel plaisir j’y ai pris ! […] J’avalais l’immensité du paysage. J’avais devant moi l’âpre beauté du Yunnan. […] Pendant une centaine de kilomètres, le chemin de fer descendait l’abrupt du Yunnan, cette fameuse cassure qui séparait la province du monde. On entrait dans un univers fantastique de géométrie pure, de bancheur immaculée, où les sommets étaient des tables complètement plates, coupées d’abrupts absolument vertigineux. Pas de végétation. Rien que la matière éclatante. La matière nue, un monde totalement minéral. Et le train descendait peu à peu la paroi d’un de ces abrupts, la ligne étant une anicroche suspendue au néant, faite uniquement de ponts et de tunnels qui étaient un défi permanent au vertige. On suivait une rivière d’eau claire, la Namty, coulant tout au fond, disparaissant parfois en un siphon pour resurgir bien plus loin. Tout était truqué car les parois qui semblaient si nettes étaient pourries, corrompues. Ce qui semblait lisse n’était qu’un hachis vertical de pointes, d’arêtes, de saillants, d’excroissances, de cavernes. C’était fascinant de descendre dans ce vide, car le train tournait et tournicotait sans arrêt en jouant avec le vide, en surplomb du vide. Et même les tunnels étaient presque creusés dans le vide, tellement les parois étaient minces. Ce n’était que des trous dans des anfractuosités, accrochées à la paroi du vide. Il y en avait des centaines à la suite. Le plus extraordinaire était de sortir de ces trous d’ombre pour jaillir dans la lumière d’un pont qui franchissait, d’une portée, le sillon rectiligne, profond de cinq cents mètres et plus. Le chef d’œuvre, c’était le pont en arbalétrier : un moment la Namty s’enfonce d’un coup de deux cents mètres sous terre, et heureusement, à cet endroit-là, la voie, pour pouvoir dévaler la même profondeur, trouve une vallée suspendue, qu’on appelle « la fausse Namty » où elle fait une boucle absolument lunaire. Là, il n’y a  pas que la blancheur du calcaire, mais des grès noirs, des roches rouges, des entailles de schistes, des éboulis, et des masses de granit. Quand on descend, on voit la ligne qui revient sur l’autre flanc, dans une splendeur de maléfice. […] L’effet est fantastique : cette impression de s’enfoncer cette fois vraiment sous terre dans un tunnel courbe qui débouche dans un trou, face à un autre trou exactement opposé, presque le même tunnel qui se recourbe en son contraire. Et entre les deux, juste une passerelle de fer, une sorte de tour Eiffel couchée au dessus d’un néant fabuleusement étroit et enfoncé, une fissure qui est un précipice. J’aime ces noirs et ces blancs, j’aime ces nuits et ces clartés, j’aime ce vide qui descend entre ces cloisons, à mesure que le train lui-même descend en une pente maximale, à la limite du tolérable, sans jamais rejoindre le fond du gouffre. »

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Mots clés: Diplomatie Histoire Yunnan
Venue en Chine en 2012 rendre une trop courte visite à mon fils, j’ai mesuré à quel point ma vision de ce pays était biaisée par des partis pris, des représentations d’un autre âge...
Depuis, je m’informe sur ce vaste et grand pays avec lequel nous avons à composer pour construire le monde de demain dans le respect de nos différences et de nos intérêts.


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Invité vendredi, 14 décembre 2018

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